Avocates et juristes : prenez soin de vous ! Personne d'autre ne le fera pour vous.

Avocates et juristes : prenez soin de vous ! Personne d'autre ne le fera pour vous.

Dimanche, 23 Août 2026

Avocates, juristes d'entreprise, directrices juridiques : vous évoluez dans des environnements exigeants, stratégiques, où la rigueur et la disponibilité sont la norme. Cette exigence, vous la connaissez bien, elle est même souvent ce qui vous a attiré vers ces métiers. Mais elle a un coût, et ce coût, les enquêtes sectorielles le mesurent année après année avec une constance qui devrait nous alerter.

Des professionnelles soumises à rude épreuve

Du côté des avocats, l'enquête menée par Viavoice pour le Conseil national des barreaux en janvier 2026 est sans ambiguïté : 47 % des avocats se déclarent insatisfaits de leur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, un score en baisse de huit points en deux ans. Les causes identifiées sont connues : charge de travail démesurée, pression à la rentabilité, relations parfois difficiles avec les clients. L'étude montre également que les femmes, les collaborateurs et les avocats exerçant à titre individuel sont les populations les plus touchées.

Du côté des directions juridiques, le baromètre Oxygen+ 2025, réalisé avec l'AFJE et le Cercle Montesquieu, dresse un constat comparable : 85 % des juristes déclarent supporter une charge mentale importante, et 33 % se considèrent en situation de surmenage, une proportion en progression régulière depuis plusieurs années. Cette profession étant très largement féminine, ce sont une fois encore majoritairement des femmes qui portent cette charge.

Un même secteur, des métiers différents, un même signal : les fonctions d'expertise et de responsabilité, quand elles s'exercent sous forte pression et avec un haut niveau d'exigence, produisent structurellement de la fatigue et du stress.

Une réalité systémique, pas une fragilité individuelle

Il faut le dire clairement : ces chiffres ne décrivent pas une fragilité personnelle. Ils décrivent une caractéristique de l'environnement professionnel lui-même, la charge de travail, la pression aux résultats, l'exigence de disponibilité continue, que la profession organise et perpétue, souvent sans même en avoir conscience.

Cela ne signifie pas pour autant qu'il n'y ait rien à travailler du côté individuel. Certains traits de personnalité et certains schémas de fonctionnement comme la tendance à se montrer forte en toute circonstance, le fait de vouloir faire plaisir aux autres, le perfectionnisme, rendent certaines personnes plus vulnérables à cette pression, et paradoxalement, plus enclines à l’incarner et à en faire un standard de professionnalisme. C'est une part importante du travail de coaching dont les clientes ne sont généralement pas conscientes en début de parcours mais qui s’avère essentiel à leur évolution vers une autre façon de faire les choses. 

Pour autant, cet aspect ne doit jamais faire oublier l'autre part, plus large, du problème : celle d'un système qui pousse structurellement à se dépasser, et qui n'a, la plupart du temps, aucun intérêt spontané à ce que vous leviez le pied.

C'est précisément pour cette raison que personne d'autre que vous n'a intérêt à vous rappeler qu'il faut prendre soin de vous. Ni votre cabinet, ni votre direction, ni même vos clients. Ce n'est pas un jugement sur leurs intentions, c'est simplement la réalité des forces en présence.

Préservez votre outil de travail et de performance

Prendre soin de soi ne relève ni du bon sentiment ni d’une tendance wellness en vogue sur les réseaux. C'est à la fois une question de santé, physique et mentale, et une question de performance. 

Dans ces métiers intellectuels, vous êtes vous-même votre principal outil de travail : votre clarté de jugement, votre capacité de concentration, votre résistance au stress, votre disponibilité relationnelle. Un outil qu'on ne préserve pas se détériore, et finit par produire moins bien, voire plus du tout.

Au-delà des objectifs que vous vous fixez pour votre carrière, tels que prendre un poste à responsabilité, affirmer votre leadership, gagner en légitimité, il est donc tout aussi stratégique de prendre soin de vous, pour pouvoir vous accomplir dans la durée, sans frôler la démotivation ou l'épuisement.

Concrètement, cela passe souvent par des compétences qui se travaillent : savoir poser des limites et vous accorder la même attention que celle que vous portez aux autres, assouplir un perfectionnisme devenu contraignant, desserrer le besoin de faire plaisir à tout prix. 

Ce sont des problématiques que je rencontre très régulièrement dans l'accompagnement des femmes issues de vos secteurs, que ce soit en coaching individuel ou en atelier collectif. Ce sont aussi des problématiques auxquelles j’ai été personnellement confrontée dans mes différents postes.

Le professionnalisme n'est pas l'épuisement

J’ai longtemps poussé le curseur trop loin.

Avec le recul et l’expérience, je peux dire aujourd’hui que le professionnalisme ne consiste pas à exiger toujours plus de vous-même, ni à avancer coûte que coûte. 

Gérer sa carrière et performer durablement dans son métier suppose de se connaître soi-même, et d'être au clair avec ses propres besoins et ses propres limites. 

Prendre soin de soi ne se résume pas à bien manger, bien dormir, méditer et faire de l’exercice physique. Prendre soin de soi implique aussi de porter son attention sur ce qui mérite d’être ajusté pour ne pas basculer dans des zones limites.

Personne ne le fera à votre place. 

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