
Faire de sa singularité un point d'appui
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J'ai exercé dans le sport et dans l'industrie, deux univers où les femmes restent rares aux postes de responsabilité. Je m'y suis souvent retrouvée seule, ou entourée de deux ou trois femmes, au sein d'instances de direction d'une dizaine de personnes.
Être la seule femme dans la pièce, ou l'une des rares, n'est jamais un fait tout à fait neutre. Et il n'est pas nécessaire de siéger dans une instance de direction pour le vivre : cela peut se produire en comité de pilotage, en réunion de service, en négociation, face à un client.
Le phénomène n'est d'ailleurs pas propre à ces secteurs. Il se rencontre partout où les codes du pouvoir sont restés masculins, y compris dans des professions largement féminisées. La profession d'avocat en offre un bon exemple : les femmes y sont majoritaires, mais leur proportion s'amenuise à mesure que l'on s'élève vers l'association. La féminisation d'une profession ne dit rien de la féminisation de ses postes de décision.
Ce qui m'intéresse ici, ce n'est pas tant ce qui se voit de l'extérieur que ce qui se vit à l'intérieur, car il est plus facile d'agir sur soi que sur un système bien établi qui évolue peu ou lentement.
Bien souvent, en pareille situation, on est envahie de sensations parasites qui nous détournent de l'essentiel. On peut avoir l'impression d'être sous le feu des projecteurs ou d'être comme l'éléphant au milieu de la pièce. On peut s'imaginer que sa parole est scrutée, que l'on est jugée plus sévèrement que les autres, que l'erreur ne sera pas permise et que l'on doit faire mieux, plus, que les autres. Notre voix intérieure s'empare de cette lecture, l'amplifie, la déforme parfois. Et la pression qui en résulte, avérée ou supposée, se paie de la même façon : elle paralyse, ou elle exige un effort considérable pour être dépassée. Là où l'on devrait se consacrer au fond, quelque chose s'invite et freine notre action.
Ce qui m'a aidée, et ce que cela m'a coûté
Ce que je viens de décrire, je l'ai éprouvé. Ce qui m'a aidée, c'est que j'étais déjà, par ailleurs, familière de l'écart : métisse, venue de province et issue d'un milieu modeste. J'étais habituée au fait d'occuper une place qui ne m'était pas donnée d'avance. J'ai compris tôt que je devrais m'efforcer de faire de cette différence non pas un handicap mais un point d'appui.
Je ne veux pas pour autant laisser croire que cela s'est fait sans effort. J'ai beaucoup travaillé. Je me suis adaptée, et même sur-adaptée. Certes, je suis parvenue à prendre ma place, mais j'en ai parfois payé le prix : la fatigue, et par moments la perte de sens.
C'est précisément pour cela que je peux en parler. Non pas parce que j'aurais trouvé une voie facile, mais parce que j'ai éprouvé ce que m'a coûté celle qui consiste à s'adapter coûte que coûte.
Et c'est ce recul qui me donne envie, aujourd'hui, de proposer aux femmes de faire autrement.
C'est de là que vient la conviction qui guide mon accompagnement. S'accomplir et s'épanouir durablement suppose autre chose que de s'aligner sur les codes dominants. Cela demande de nourrir sa singularité jusqu'à ce qu'elle devienne une évidence pour soi comme pour les autres.
Se fondre dans le moule protège moins qu'on ne le croit
Cette conviction va à l'encontre d'un réflexe répandu : celui de se conformer quand on se sait en minorité. Se fondre dans la masse, adopter les codes en vigueur, lisser ce qui dépasse. Cela paraît prudent.
C'est en réalité une stratégie coûteuse.
D'abord, parce qu'on est rarement aussi bonne que lorsqu'on est soi-même. Une posture empruntée exige une vigilance permanente, et cette vigilance mobilise une énergie qui n'est plus disponible pour le fond.
Ensuite, parce que cela se voit. L'écart entre ce que l'on montre et ce que l'on est se perçoit, même sans se nommer. On finit par produire exactement ce que l'on cherchait à éviter : le sentiment, chez les autres, que quelque chose ne colle pas.
Enfin, et c'est le plus lourd, parce que l'on se désaxe. Tenir longtemps une position qui n'est pas la sienne fatigue, et crée des conflits intérieurs qui finissent par se payer, en lassitude ou en perte de sens.
Ce n'est pas une intuition isolée. Une méta-analyse de 75 études portant sur plus de 36 000 personnes établit un lien substantiel entre le fait de vivre en accord avec soi-même et le bien-être, ainsi qu'avec l'engagement au travail. Ce lien ne varie ni avec l'âge ni avec le sexe.
Se connaître avant de s'affirmer
Être soi-même suppose de savoir qui l'on est. Cela semble une évidence, c'est en réalité le travail le plus exigeant.
Quelles sont vos forces réelles, celles que vous mobilisez sans effort et que vous ne voyez plus tant elles vous sont naturelles ? Quels sont vos talents propres, ceux que vos pairs vous reconnaissent avant vous ? Quelles sont vos valeurs, c'est-à-dire ce au nom de quoi vous faites les choses, et ce que vous ne négocierez pas ?
Tant que ces réponses restent floues, l'affirmation de soi repose sur du vide, et le premier désaccord la met à terre. Une fois qu'elles sont claires, elles forment un socle. Vous ne remettez plus votre légitimité en jeu à chaque réunion, vous savez d'où vous parlez.
Oser se montrer
Vient ensuite le moment d'oser. Prendre la parole, exprimer un désaccord, occuper l'espace qui vous revient, montrer ce que vous êtes plutôt que ce que vous croyez devoir être.
C'est beaucoup plus simple lorsque le socle est posé. Ce n'est pas sans risque pour autant, et il serait malhonnête de le prétendre. Mais ce que vous risquez en vous effaçant est durablement plus lourd : l'invisibilité, et l'épuisement de tenir un rôle.
C'est un travail de confiance dans sa propre valeur autant que d'assertivité. Les deux avancent ensemble.
On n'avance jamais seule
Ce travail personnel ne doit pas négliger la relation aux autres. Une place ne se prend pas contre eux, elle se construit avec eux.
Cela suppose d'écouter vraiment, de reconnaître à chacun sa juste place, et de tenir la vôtre : sans vous minimiser mais sans occuper non plus une place indue. Cette justesse ne s'improvise pas. Elle naît de la conscience de ce que vous êtes et de la lecture de votre environnement, qui permettent de voir clairement, d'agir honnêtement et de parler au bon moment et de la bonne manière.
Les alliances se nouent alors plus facilement, parce que les autres perçoivent qu'il n'y a pas une feuille de papier à cigarette entre ce que vous montrez, ce que vous êtes, ce que vous dites et ce que vous faites. Cela ne tombe pas du ciel pour autant : nouer des alliances demande du temps, de l'attention et un engagement réel envers les personnes.
L'authenticité comme boussole
La singularité n'est pas une manière de se distinguer à tout prix. C'est une façon d'être, cohérente et alignée, qui se perçoit et qui rassure.
Elle allège, parce qu'elle vous dispense d'entretenir un personnage. Elle demande en revanche une attention régulière, celle de se demander de temps à autre si l'on est encore alignée, ou si l'on s'est laissée désaxer sans y prendre garde.
Elle oriente aussi, parce qu'elle vous indique ce qui vous convient aujourd'hui et ce qui vous coûte. Nos priorités évoluent au fil d'une vie, et il arrive que l'on accepte des situations qui ne nous ressemblent pas tout à fait. Ce qui change tout, c'est de le faire en conscience, en sachant pourquoi et pour combien de temps.
Et c'est aussi ainsi que l'on embarque les autres, car on ne suit pas longtemps quelqu'un dont on sent qu'il joue un rôle.
C'est tout cela, prendre sa juste place, sans s'oublier.
Ce travail, je le mène avec d'autres femmes
Se connaître, oser se montrer, construire sa légitimité, son assertivité et des alliances solides : ces différents appuis se travaillent. En accompagnement individuel ou avec d'autres femmes. En effet, entendre une autre femme nommer ce que l'on croyait n'éprouver que soi accroît les prises de conscience, autorise et encourage.
C'est ce que j'ai construit avec Prendre Sa Place, un parcours collectif en présentiel à Paris, en petit groupe, consacré à la reconnaissance de ses forces, à la légitimité, à l'assertivité et à ce qui permet de tenir dans la durée. Découvrir le parcours
Si vous préférez un accompagnement individuel, ou si vous n'êtes pas en région parisienne, le coaching individuel est également possible. Il se déroule à distance.
Dans un cas comme dans l'autre, n'hésitez pas à me contacter. Un premier échange de 30 minutes, gratuit et sans engagement, suffit souvent à savoir ce qui vous serait le plus utile.
Sources
Conseil national des barreaux, chiffres-clés 2026 de la profession d'avocat : les femmes représentent 58,8 % de la profession. https://cnb.avocat.fr/chiffres-cles-2026-de-la-profession-d-avocat
Barreau de Paris, synthèse du conseil de l'Ordre spécial Égalité du 19 février 2019, rapport d'Anne-Laure Casado sur l'état des lieux de l'égalité au sein du barreau de Paris. Au 1er janvier 2019, les femmes représentaient 53,85 % du barreau parisien, 37,99 % des associés et 64,13 % des collaborateurs libéraux. Il n'existe pas à ce jour de statistique nationale consolidée sur la répartition femmes-hommes entre collaborateurs et associés, la CNBF ne collectant pas le mode d'exercice de ses cotisants. https://www.avocatparis.org/system/files/publications/synthese_du_co_de_mardi_19_fevrier_2019.pdf
Anna Sutton, « Living the good life: A meta-analysis of authenticity, well-being and engagement », Personality and Individual Differences, vol. 153, 2020, article 109645. Méta-analyse de 75 études, N = 36 533 : r = 0,40 entre authenticité et bien-être, r = 0,37 entre authenticité et engagement au travail. Ni l'âge, ni le sexe, ni le type d'échantillon ne modèrent significativement ces relations. https://doi.org/10.1016/j.paid.2019.109645